La lente agonie de la presse romande continue

Dès le 1er janvier 2018, les rédactions du Matin et du journal gratuit 20 minutes vont fusionner. Cette décision du groupe Tamedia ouvre la voie à une disparition future du journal orange. Le scénario est similaire à la fusion des rédactions du Temps et de l’Hebdo qui a mené à la disparition de ce dernier. C’est le nouvel épisode d’une longue série noire dans la presse romande.

À la rentrée 2016, 24 heures et la Tribune de Genève perdaient une trentaine de postes. Ce printemps, l’Agefi était mis en sursis concordataire. Récemment, le Groupe ESH médias a annoncé la fusion des titres régionaux neuchâtelois L’Express et L’Impartial.

Perte d’abonnés, mais surtout des revenus publicitaires, concurrence de l’information gratuite sur Internet, la presse romande est moribonde. Le bât blesse aussi au niveau du contenu. La concentration de l’essentiel des titres entre les mains de trois groupes en Suisse – Tamedia et Ringier et NZZ – a provoqué une rationalisation et homogénéisation de la production de contenus. Cela a entraîné un appauvrissement généralisé d’articles originaux.

Vendre du papier, puis vendre de la publicité, voilà le business de la presse. Derrière les figures romantiques du journaliste et de la liberté de la presse, il y a des rotatives qui doivent tourner et la promesse d’une visibilité à celles et ceux qui ont besoin de publicité. Les revenus publicitaires ont atteint des telles proportions qu’il est même devenu possible de distribuer massivement des journaux gratuits. Pas étonnant que les deux plus gros tirages hebdomadaires en Suisse romande soient Coopération et Migros Magazine – des organes de presse de gros distributeurs. Leur tirage cumulé représente dix fois celui du Matin Dimanche.

La survie par d’autres formes

Ailleurs, le salut des titres de référence passe par des investissements de prestige. Des industriels d’autres domaines, ou des fondation ou familles, garantissent l’existence du journal. Ainsi, Jeff Bezos, PDG d’Amazon, possède le Washington Post. En France, Xavier Niel de Free, le banquier Matthieu Pigasse et Pierre Bergé possèdent le Monde ou Serge Dassault contrôle le Figaro. The Guardian s’appuie sur une fondation qui en garantit l’existence ; le New York Times sur la famille Ochs et les investissement du milliardaire mexicain Carlos Slim, etc.

Difficile de voir qui pourrait bien investir par prestige dans des titres romands. Réduits à des collection de dépêches ATS, d’interviews candides de politiciens et de publi-reportages les journaux romands ne font rêver personne. C’est ceux qui choisissent des chemins de traverse qui durent. Ainsi le Courrier et ses souscriptions (comme la WOZ et sa forme coopérative en Suisse alémanique) est le principal exemple d’un journal qui parvient à survivre envers et contre tout. En attendant le rachat du Nouvelliste par Christian Constantin, de nouvelles victimes se profilent dans la presse romande.